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• Patrimoine Culturel Immatériel (PCI)
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1 - Contexte du projet : 
 

Ce projet d’identification et valorisation du patrimoine culturel immatériel s’inscrit dans la mutation à la fois spatiale et organisationnelle du Centre Hospitalier Spécialisé de Navarre (Evreux), en vue de sa mise en adéquation avec les pratiques contemporaines de prise en charge des patients en établissement psychiatrique.

Cette mutation globale du centre hospitalier implique la destruction d’une partie des locaux hérités du milieu du XIXème siècle. Ils seront remplacés par de nouveaux espaces d’accueil et de soins. Cependant le bâti ancien ne sera pas intégralement rasé : les façades principales de l’établissement devraient être effectivement conservées, les intérieurs étant réaménagés en logements. Seront également préservées les galeries parallèles à l’aile centrale et celles attenant à la façade principale. L’édifice abritant les locaux de direction et d’administration, ainsi que la communauté des sœurs, feront quant-à-eux l’objet d’importants réaménagements intérieurs.

C’est dans ce contexte d’importants changements qu’a émergé ces derniers mois au sein de la communauté hospitalière une démarche de valorisation de son patrimoine. Une réflexion fut engagée par la mission de référence culturelle à propos de la collecte de la mémoire.

Afin d’aller plus loin dans la démarche, compte tenu des enjeux qu’elle dégage, le souhait fut émis par la direction de l’établissement, avec le soutien de la D.R.A.C. et de l’A.R.S. de Haute Normandie, d’engager une étude pour identifier et valoriser le patrimoine culturel immatériel se rattachant au C.H.S. de Navarre.
 

2 - Finalités et description du travail :
 

L’approche du patrimoine culturel immatériel du C.H.S de Navarre doit avant tout interroger le système de relations qui s’est forgé dans le temps entre la communauté hospitalière et les patients qu’elle accueille et soigne. Cette question renvoie par ailleurs plus globalement aux rapports (et à l’évolution des rapports) que notre société, et pas seulement les différents professionnels de la psychiatrie, entretient vis-à-vis des personnes diagnostiquées atteintes de troubles psychiques.
 
Au sein du C.H.S. de Navarre nous nous intéresserons aux paroles, aux gestes, et à toutes autres formes d’interactions conscientes et inconscientes (y compris des pratiques rituelles) qui construisent au quotidien une véritable culture de la vie en hôpital psychiatrique. Ceci concerne non seulement les rapports qu’entretiennent au(x) patient(s) les différentes catégories de personnels (qu’il s’agisse ou non de soignants, de personnes en contact étroit avec les patients, ou pas) ; mais aussi les relations de travail qui se tissent entre les individus et les divers métiers qui contribuent au fonctionnement de la communauté hospitalière. Enfin, nous nous intéresserons à l’hôpital comme « territoire » dans la mesure où c’est le bouleversement de celui-ci, correspondant à une profonde réorganisation humaine et spatiale, qui motive l’opération patrimoniale. L’idée générale développée par ce travail est d’arriver à forger un patrimoine qui soit commun à l’ensemble de la communauté hospitalière. Il peut être un questionnement partagé par ses membres, une trajectoire passée, un projet commun pour l’avenir,…
 
Bien sûr, il ne saurait être question d’envisager cette investigation du patrimoine culturel immatériel comme un appel à cultiver la nostalgie vis-à-vis d’un espace hospitalier en passe de disparaitre. Au contraire, l’opération est destinée à accompagner le changement, assurer le passage de relais d’un lieu vers un autre, d’un hôpital (l’ancien) vers un autre (le nouveau). Ce travail présente aussi une occasion d’interroger le ciment de la communauté hospitalière, le « nous hospitalier», en lui permettant d’assurer sa pérennité à travers les radicales transformations qu’il va connaitre.
 
Pour l’ensemble de l’établissement psychiatrique et ses composantes, l’investigation du patrimoine culturel immatériel constitue une formidable occasion d’ouverture. La destruction des cellules de confinement, et leur valorisation à travers la création d’une visite virtuelle, est à ce titre hautement symbolique : elle renvoie effectivement au passage vers l’immatérialité d’un patrimoine hospitalier ; elle exprime l’abandon d’un confort associé au confinement (la sectorisation passée), ainsi que la destruction de murs certes protecteurs mais isolants. Plus globalement c’est l’ouverture vers un avenir « radicalement autre » qui déclenche au sein de l’hôpital un puissant désir de transmission patrimoniale. Chacune de ses composantes peut s’ouvrir aux autres en se redécouvrant inscrite dans un ensemble hospitalier plus vaste. L’affirmation de ce « nous hospitalier » distille fort vraisemblablement le désir de désenclavement d’une institution psychiatrique souvent synonyme de fermeture, stigmatisée, rejetée des villes qui mettent à l’écart leurs « fous ». L’investigation du patrimoine culturel immatériel porte donc en germe une véritable libération ; y compris d’ailleurs celle du carcan infrastructurel constitué par l’hôpital hérité du XIXème siècle.
 

3 - Déroulement de l’enquête :
 

L’enquête à venir se présentera sous la forme d’une collecte de témoignages audio et vidéo, individuels et collectifs, auprès de personnels actuels et retraités du C.H.S. de Navarre. Elle prendra soin de couvrir la plus grande diversité possible des métiers qui le composent (y compris si certaines fonctions ont disparu). L’enquête scientifique constitue une 1ère étape destinée à emmener l’institution vers des projets multiples autour du patrimoine du site et des hommes (film, visites virtuelles, musée…).

Le travail de collecte s’accompagnera de sessions d’observation du chercheur aux moments clefs de la vie du centre hospitalier. À ce titre, cette enquête sera participative et réalisée en étroite collaboration avec le personnel du C.H.S de Navarre.

L’inventaire du patrimoine culturel immatériel suppose un travail d’analyse et de valorisation du matériau récolté. Sur cet aspect, il parait judicieux d’agir simultanément sur deux plans :
  1. d’une part la réalisation d’une fiche détaillée permettant d’inscrire l’action du C.H.S. de Navarre dans le cadre plus global de l’inventaire effectué sous l’égide du Ministère de la Culture (convention UNESCO).
  2. D’autre part,  la production d’un petit fascicule publiable à destination du personnel et d’une population extérieure à l’hôpital aurait vocation à diffuser auprès d’un large public les conclusions de l’investigation.